Découvrez le geek en vous

3 mars 2010 par Èvelyne Vigneux-Salesse

GeekFestMtl

Les 6 et 7 mars prochains aura lieu la première édition du Festival Geek de Montréal, qui se tiendra principalement sur le campus de Montréal de l’École supérieure d’informatique SUPINFO, tout près du métro McGill.

Le Festival Geek de Montréal se veut à la fois un regroupement des différentes sphères geek et une invitation à la découverte. Initiés et curieux peuvent ainsi se joindre aux quelques activités et joutes qui auront lieu durant la fin de semaine.  »Geek en Herbe », mascarades avec concours de costumes,  mise en forme au son des années 80, jeux de tables, jeux de cartes, jeux vidéos sur de vieilles consoles, débat sur la définition du mot Geek, démonstration de GN, musique, courts-métrages et même cuisine.  Une programmation courte mais intéressante.

Pour les geeks, une fin de semaine de plaisir partagé et pour les autres, une belle occasion de se confronter à ses préjugés.

Les Pop-corn Awards

3 mars 2010 par Émile Bordeleau-Pitre

La fin de semaine passée, la 28e édition des Rendez-vous du cinéma québécois se terminait, ayant permis une fois de plus la célébration des créateurs du pays de Gilles Carle. Maintenant, c’est au tour des Genie de prendre le relais, prix qui depuis quelque trente ans sont décernés annuellement par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision aux meilleures œuvres d’ici. Au Canada anglais, certains médias se plaignent déjà de constater la présence de tant de Québécois en lice pour la compétition des fameux trophées bronzes de six kilos, affirmant que notre cinéma a déjà sa tribune. Ce qui n’est pas le cas de tous les films canadiens, affirment-ils : ces derniers, malgré leur grande qualité, passent trop souvent inaperçus. Reste que, cette année encore, le Québec est bien présent aux Genie awards, notamment avec la présence de Polytechnique dans les plus prestigieuses catégories (meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario). Il faut cependant souligner l’absence remarquable de La Donation de Bernard Émond et de J’ai tué ma mère de Xavier Dolan, ce dernier ayant pourtant été choisi pour représenter le pays aux Oscars.

C’est donc à cheval entre ces deux compétitions nationales que j’en profite pour vous glisser un message d’importance : allez, mesdames, messieurs, au cinéma. Nous avons la chance de vivre dans un milieu et à une époque extrêmement prolifiques en matière d’œuvres du septième art.

Où pouvons-nous donc avoir accès à un cinéma de qualité? Un peu partout. Ça dépend. Ma source principale, pour déterminer les salles sombres où j’irai m’accoster, c’est Médiafilm. Cependant, n’hésitez surtout pas à multiplier vos sources d’information : de belles perles sont proposées par les différents quotidiens et hebdomadaires culturels de Montréal.

Il y a cependant trois cinémas de l’île où les chances de se tromper et d’aller voir un fameux navet sont plutôt faibles : le Cinéma Beaubien, le Cinéma du Parc et le Cinéma Parallèle. Parole d’habitué.

Le Cinéma Beaubien
2396 Rue Beaubien Est

C’est au milieu d’un quartier aux allures de banlieue que se cache l’affiche aux mille feux – épileptiques, ne posez pas les yeux sur elle trop longtemps – du Cinéma Beaubien. Sa particularité? C’est le seul cinéma de quartier à Montréal; le seul aussi qui soit une entreprise d’économie sociale au Québec. Et : il se donne pour mission de promouvoir et de favoriser le développement culturel, économique et social en présentant en primeur des films francophones de qualité, qu’ils soient québécois, canadiens ou français. Finalement : même si je dois avouer qu’à chaque fois je suis surpris par l’étrangeté du goût et de l’odeur du maïs soufflé, c’est un des seuls endroits où l’on puisse se le procurer à un prix raisonnable.

À surveiller dans les prochaines semaines : Les Signes vitaux, un film de Sophie Deraspe qui tiendra l’affiche à partir du 5 mars prochain.

Le Cinéma du Parc
3575 avenue Du Parc

Quand on entre dans l’espèce de centre d’achat crade qui héberge le Cinéma du Parc, on n’est pas sûr. Pas sûr du tout de ce qu’on va y trouver. Situé quelque part au milieu de restos cheaps et d’une pas-trop-glorieuse épicerie, c’est dans un sous-sol plutôt sombre qu’il faut descendre pour arriver aux salles. Mais : il ne faut pas se décourager de si peu. Aucun autre cinéma de Montréal n’offre la programmation éclectique du Cinéma du Parc. Des rétrospectives de l’oeuvre des meilleurs réalisateurs jusqu’aux festivals permettant la projection de films inédits, de nombreuses premières y ont lieu. Autre fait notable : les multiples présentations de longs métrages ayant marqué l’histoire du cinéma (Manhattan, 8½, Léolo, etc.). Du Parc est un lieu trash, mais on y trouve du cinéma international de grande qualité. N’essayez cependant pas le pop-corn, dont le goût évoque les tapis des lieux.

À surveiller dans les prochaines semaines : The Red Shoes, une jolie comédie musicale anglaise de 1948, qui tiendra l’affiche du 21 à 27 mai prochain.

Le Cinéma Parallèle
3536 Boulevard St-Laurent

On se rappelle tous le tollé provoqué par le changement de vocation de l’eXcentris. Mais, même si le beau cinéma rue Saint-Laurent a perdu beaucoup de films au détriment du multimédia, il continue de se donner pour mandat de défendre le cinéma indépendant et  d’auteur, de faire découvrir de nouveaux réalisateurs (québécois et international) et d’encourager la diffusion de premières œuvres et de genres cinématographiques (expérimental, documentaire, court) inaccessibles par l’offre commerciale habituelle des autres cinémas. C’est dans de très belles salles où personne ne mange de pop-corn  qu’est présentée la crème des films d’ici et d’ailleurs.

À surveiller dans les prochaines semaines : Journal d’un coopérant, un film de Robert Morin présenté à partir du 26 mars.

La trapéziste agoraphobe

18 février 2010 par Émile Bordeleau-Pitre

C’est en sarrau qu’on nous accueille à l’entrée de la Tohu pour la représentation de PSY, création de cirque dont la première mondiale avait lieu la veille. La scène, encore vide, se laisse colorer par des taches d’encre projetées sur le mur : ici, un hippopotame. Ou est-ce plutôt une araignée? D’un coup, tout s’éteint. Une voix robotique nous explique le cerveau humain; nous énumère, débite des statistiques. Apparemment, 7 % des spectateurs présents finiront par consulter un spécialiste de la santé mentale, un jour ou l’autre. « D’ailleurs, quelqu’un s’apprête ici à le faire, là, tout de suite ». Un projecteur s’allume sur un homme, au parterre. Personne ne l’avait remarqué, avec son look ordinaire, sa chemise blanche et ses jeans. Il se lève et monte sur scène.

PSY, c’est la juxtaposition de onze corps, onze artistes du cirque; pour chaque corps, une maladie mentale. Il y a Michel Michel, schizophrénie; Claire, trouble du sommeil; Danny, maniaco-dépression; Lily, agoraphobie; Dexter, personnalités multiples; Jacques, hypocondrie; Suzi, explosif intermittent; John? Joe? Jim?, amnésie; Smith, troubles obsessionnels compulsifs; Johnny, dépendance; George, paranoïa. Ces informations ne sont pas bénignes : chaque corps est marqué par sa maladie; le trouble mental transcende la tête et se reflète dans le mouvement, dans le geste.

À travers une représentation enlevante, on passe de consultation à consultation, de celle du schizophrène jusqu’à celle de l’insomniaque, en passant par des thérapies de groupe et des salles d’attente. Pour chaque patient, un traitement scénique différent : la lumière, le décor se transforment pour lui; la musique s’ajuste, accompagne et rajoute comme une profondeur de champ, un rythme à l’insanité. Ainsi, c’est dans une sorte de maison de poupée qu’on se voit jouer les scènes constamment répétées d’un obsessif compulsif; c’est dans un ring de lutte que se joue le trouble de l’explosive intermittente. L’amnésique qui tente de se rappeler un souvenir se remémore tout d’abord sa mère, puis une fête d’enfant. Cette vision laisse cependant rapidement place à une dangereuse lanceuse de couteaux hilare qui le poursuit assidûment.

Kaléïdoscope

PSY est un heureux mélange entre danse, théâtre et cirque. Beaucoup d’acrobaties, oui, mais toujours rythmées, dynamisées par la musique. Mû par la maladie qu’il incarne, chaque artiste a développé une gestuelle qui teinte sa performance. Ainsi, tout n’est pas « parfait »; tout n’est pas impeccable. Les corps, selon leur trouble, perdent l’équilibre; ne se rattrapent pas à temps; se heurtent.

PSY, malgré le lourd sujet qui l’anime, est loin d’être un spectacle dramatique : au contraire, il est plutôt léger et dynamique. C’est que l’humour y est présent du début à la fin. Dès la présentation des personnages et de leur trouble, on voit la canaillerie, l’exagération, la drôlerie. Clin d’œil aussi à la salle d’attente bercée par une version centre d’achat de « The Look of Love » de Diana Krall.

Parfois de façon facile, parfois de façon un peu plus subtile, le ton de PSY se joue en gros sur l’humour. À part les numéros de roue allemande de Julien Silliau et d’équilibre de Naël Jammal – les deux excellents, d’ailleurs – tout est drôle, un peu grossier mais jamais désagréable. Peut-être que le changement de ton auraient ici été un élément intéressant à développer.

Reste que PSY est un tour de force multidisciplinaire bien ficelé. Les corps sont précis, expressifs et énergiques. Les chorégraphies, les sauts dans le vide, les solos comme les duos sont impressionnants : dans la salle, quand on applaudissait, c’était beaucoup plus par soulagement de voir les artistes encore vivants que par encouragement. La scénographie – avec ses décors démontables, ses projections et éclairages versatiles, ses accessoires qui se meuvent au gré des scènes – a ce caractère adaptable qui sait faire place aux corps, tout en appuyant le propos.

Quand à la fin, tous les spécialistes en santé mentale sur scène se sont tournés vers la salle et qu’ils ont commencé à nous pointer du doigt en prenant des notes, j’ai su que j’avais vécu une expérience hors du commun qui, si elle n’avait eu pas le mérite de m’avoir réellement plongé dans les tréfonds de l’âme humaine, m’avait au moins coupé le souffle une bonne dizaine de fois.

Les prochaines représentations de PSY se dérouleront jusqu’au – mars. Dépêchez-vous : les billets partent très rapidement.

C’est en sarrau qu’on nous accueille à l’entrée de la Tohu pour la représentation de PSY, création de cirque dont la première mondiale avait lieu la veille. La scène, encore vide, se laisse colorer par des taches d’encre projetées sur le mur : ici, un hippopotame. Ou est-ce plutôt une araignée? D’un coup, tout s’éteint. Une voix robotique nous explique le cerveau humain; nous énumère, débite des statistiques. Apparemment, 7 % des spectateurs présents finiront par consulter un spécialiste de la santé mentale, un jour ou l’autre. « D’ailleurs, quelqu’un s’apprête ici à le faire, là, tout de suite ». Un projecteur s’allume sur un homme, au parterre. Personne ne l’avait remarqué, avec son look ordinaire, sa chemise blanche et ses jeans. Il se lève et monte sur scène.

PSY, c’est la juxtaposition de onze corps, onze artistes du cirque; pour chaque corps, une maladie mentale. Il y a Michel Michel, schizophrénie; Claire, trouble du sommeil; Danny, maniaco-dépression; Lily, agoraphobie; Dexter, personnalités multiples; Jacques, hypocondrie; Suzi, explosif intermittent; John? Joe? Jim?, amnésie; Smith, troubles obsessionnels compulsifs; Johnny, dépendance; George, paranoïa. Ces informations ne sont pas bénignes : chaque corps est marqué par sa maladie; le trouble mental transcende la tête et se reflète dans le mouvement, dans le geste.

À travers une représentation enlevante, on passe de consultation à consultation, de celle du schizophrène jusqu’à celle de l’insomniaque, en passant par des thérapies de groupe et des salles d’attente. Pour chaque patient, un traitement scénique différent : la lumière, le décor se transforment pour lui; la musique s’ajuste, accompagne et rajoute comme une profondeur de champ, un rythme à l’insanité. Ainsi, c’est dans une sorte de maison de poupée qu’on se voit jouer les scènes constamment répétées d’un obsessif compulsif; c’est dans un ring de lutte que se joue le trouble de l’explosive intermittente. L’amnésique qui tente de se rappeler un souvenir se remémore tout d’abord sa mère, puis une fête d’enfant. Cette vision laisse cependant rapidement place à une dangereuse lanceuse de couteaux hilare qui le poursuit assidûment.

PSY est un heureux mélange entre danse, théâtre et cirque. Beaucoup d’acrobaties, oui, mais toujours rythmées, dynamisées par la musique. Mû par la maladie qu’il incarne, chaque artiste a développé une gestuelle qui teinte sa performance. Ainsi, tout n’est pas « parfait »; tout n’est pas impeccable. Les corps, selon leur trouble, perdent l’équilibre; ne se rattrapent pas à temps; se heurtent.

PSY, malgré le lourd sujet qui l’anime, est loin d’être un spectacle dramatique : au contraire, il est plutôt léger et dynamique. C’est que l’humour y est présent du début à la fin. Dès la présentation des personnages et de leur trouble, on voit la canaillerie, l’exagération, la drôlerie. Clin d’œil aussi à la salle d’attente bercée par une version centre d’achat de « The Look of Love » de Diana Krall.

Parfois de façon facile, parfois de façon un peu plus subtile, le ton de PSY se joue en gros sur l’humour. À part les numéros de roue allemande de Julien Silliau et d’équilibre de Naël Jammal – les deux excellents, d’ailleurs – tout est drôle, un peu grossier mais jamais désagréable. Peut-être que le changement de ton auraient ici été un élément intéressant à développer.

Reste que PSY est un tour de force multidisciplinaire bien ficelé. Les corps sont précis, expressifs et énergiques. Les chorégraphies, les sauts dans le vide, les solos comme les duos sont impressionnants : dans la salle, quand on applaudissait, c’était beaucoup plus par soulagement de voir les artistes encore vivants que par encouragement. La scénographie – avec ses décors démontables, ses projections et éclairages versatiles, ses accessoires qui se meuvent au gré des scènes – a ce caractère adaptable qui sait faire place aux corps, tout en appuyant le propos.

Quand à la fin, tous les spécialistes en santé mentale sur scène se sont tournés vers la salle et qu’ils ont commencé à nous pointer du doigt en prenant des notes, j’ai su que j’avais vécu une expérience hors du commun qui, si elle n’avait eu pas le mérite de m’avoir réellement plongé dans les tréfonds de l’âme humaine, m’avait au moins coupé le souffle une bonne dizaine de fois.

Les prochaines représentations de PSY se dérouleront jusqu’au – mars. Dépêchez-vous : les billets partent très rapidement.

roadkill ou : une paranoïa dans la brousse

11 février 2010 par Émile Bordeleau-Pitre

Parce que la gravité n'est pas un facteur déterminant.

Hier soir, en sortant de la Cinquième Salle de la Place des arts, un événement angoissant a eu lieu : en revenant à la maison, un instant, je n’ai plus su si l’impression d’être suivi n’était qu’une impression, ou si des clairs-obscurs produits par les lampadaires  ne finirait pas par surgir une forme, une effrayante figure.

C’était la première de roadkill. Chorégraphie présentée par le Splintergroup, compagnie de danse contemporaine australienne, roadkill tient autant du thriller cinématographique que du road movie.

L’histoire? En plein milieu de l’outback australien, la voiture d’un couple tombe en panne. Heureusement, un inconnu vient leur porter secours. Heureusement, vraiment? C’est que, la solitude et l’agoraphobie peuvent étrangement devenir concomitantes, faisant jouer sur fond de désolation et d’isolement des scènes empreintes d’inquiétude, de méfiance, de paranoïa. Et de mort.

La chorégraphie a été inspirée par une histoire vraie, carrément sublimée en mythe urbain : le mystère Peter Falconio. Falconio disparut en 2001 après que lui et sa copine se furent arrêtés en plein milieu de la brousse. Un étranger offrit son aide. Falconio le rejoignit à l’arrière de la voiture. La copine entendit quelque chose qui ressemblait à un coup de fusil. Même si le corps de Falconio n’a jamais été retrouvé, l’étranger fut reconnu coupable de meurtre en 2005.

Le résultat? Une oeuvre violente, angoissante, tant dans les mouvements que dans le montage, dans la mise en scène.

Les corps danseurs s’entrechoquent, se suspendent et se soutiennent les uns aux autres, exultent la peur et la rage en se lançant et en évitant des pierres.

On y trouve aussi, notamment, une inspiration cinématographique des plus intéressantes. À un moment, par exemple, on calque l’idée du gros plan : on perd la discussion des hommes qui parlent de la voiture brisée, à l’extérieur; à l’intérieur, un micro capte la respiration inquiète, frénétique de la femme.

La lumière est un autre élément qui contribue à maintenir et accroître l’angoisse : car les lampes de poche, beaucoup utilisées dans la chorégraphie, ne révèlent que ce qu’elles pointent; or, c’est ce qu’elles laissent dans la pénombre qui nous apparaît dangereux…

Dans roadkill, ce n’est pas tant l’isolement ou la brousse qui font le plus peur. Non. C’est cet étranger dont on ne sait rien. C’est ce copain dont on doute. C’est cette personne qui n’est pas nous et qui révèle un chaos potentiel dont on ignore tout. Car la paranoïa n’existe qu’au sein de la relation; elle se développe sur toute cette virtualité qui nous reste voilée. Même perdu dans l’outback australien, l’enfer reste encore et toujours les autres.