C’est en sarrau qu’on nous accueille à l’entrée de la Tohu pour la représentation de PSY, création de cirque dont la première mondiale avait lieu la veille. La scène, encore vide, se laisse colorer par des taches d’encre projetées sur le mur : ici, un hippopotame. Ou est-ce plutôt une araignée? D’un coup, tout s’éteint. Une voix robotique nous explique le cerveau humain; nous énumère, débite des statistiques. Apparemment, 7 % des spectateurs présents finiront par consulter un spécialiste de la santé mentale, un jour ou l’autre. « D’ailleurs, quelqu’un s’apprête ici à le faire, là, tout de suite ». Un projecteur s’allume sur un homme, au parterre. Personne ne l’avait remarqué, avec son look ordinaire, sa chemise blanche et ses jeans. Il se lève et monte sur scène.
PSY, c’est la juxtaposition de onze corps, onze artistes du cirque; pour chaque corps, une maladie mentale. Il y a Michel Michel, schizophrénie; Claire, trouble du sommeil; Danny, maniaco-dépression; Lily, agoraphobie; Dexter, personnalités multiples; Jacques, hypocondrie; Suzi, explosif intermittent; John? Joe? Jim?, amnésie; Smith, troubles obsessionnels compulsifs; Johnny, dépendance; George, paranoïa. Ces informations ne sont pas bénignes : chaque corps est marqué par sa maladie; le trouble mental transcende la tête et se reflète dans le mouvement, dans le geste.
À travers une représentation enlevante, on passe de consultation à consultation, de celle du schizophrène jusqu’à celle de l’insomniaque, en passant par des thérapies de groupe et des salles d’attente. Pour chaque patient, un traitement scénique différent : la lumière, le décor se transforment pour lui; la musique s’ajuste, accompagne et rajoute comme une profondeur de champ, un rythme à l’insanité. Ainsi, c’est dans une sorte de maison de poupée qu’on se voit jouer les scènes constamment répétées d’un obsessif compulsif; c’est dans un ring de lutte que se joue le trouble de l’explosive intermittente. L’amnésique qui tente de se rappeler un souvenir se remémore tout d’abord sa mère, puis une fête d’enfant. Cette vision laisse cependant rapidement place à une dangereuse lanceuse de couteaux hilare qui le poursuit assidûment.

Kaléïdoscope
PSY est un heureux mélange entre danse, théâtre et cirque. Beaucoup d’acrobaties, oui, mais toujours rythmées, dynamisées par la musique. Mû par la maladie qu’il incarne, chaque artiste a développé une gestuelle qui teinte sa performance. Ainsi, tout n’est pas « parfait »; tout n’est pas impeccable. Les corps, selon leur trouble, perdent l’équilibre; ne se rattrapent pas à temps; se heurtent.
PSY, malgré le lourd sujet qui l’anime, est loin d’être un spectacle dramatique : au contraire, il est plutôt léger et dynamique. C’est que l’humour y est présent du début à la fin. Dès la présentation des personnages et de leur trouble, on voit la canaillerie, l’exagération, la drôlerie. Clin d’œil aussi à la salle d’attente bercée par une version centre d’achat de « The Look of Love » de Diana Krall.
Parfois de façon facile, parfois de façon un peu plus subtile, le ton de PSY se joue en gros sur l’humour. À part les numéros de roue allemande de Julien Silliau et d’équilibre de Naël Jammal – les deux excellents, d’ailleurs – tout est drôle, un peu grossier mais jamais désagréable. Peut-être que le changement de ton auraient ici été un élément intéressant à développer.
Reste que PSY est un tour de force multidisciplinaire bien ficelé. Les corps sont précis, expressifs et énergiques. Les chorégraphies, les sauts dans le vide, les solos comme les duos sont impressionnants : dans la salle, quand on applaudissait, c’était beaucoup plus par soulagement de voir les artistes encore vivants que par encouragement. La scénographie – avec ses décors démontables, ses projections et éclairages versatiles, ses accessoires qui se meuvent au gré des scènes – a ce caractère adaptable qui sait faire place aux corps, tout en appuyant le propos.
Quand à la fin, tous les spécialistes en santé mentale sur scène se sont tournés vers la salle et qu’ils ont commencé à nous pointer du doigt en prenant des notes, j’ai su que j’avais vécu une expérience hors du commun qui, si elle n’avait eu pas le mérite de m’avoir réellement plongé dans les tréfonds de l’âme humaine, m’avait au moins coupé le souffle une bonne dizaine de fois.
Les prochaines représentations de PSY se dérouleront jusqu’au – mars. Dépêchez-vous : les billets partent très rapidement.
C’est en sarrau qu’on nous accueille à l’entrée de la Tohu pour la représentation de PSY, création de cirque dont la première mondiale avait lieu la veille. La scène, encore vide, se laisse colorer par des taches d’encre projetées sur le mur : ici, un hippopotame. Ou est-ce plutôt une araignée? D’un coup, tout s’éteint. Une voix robotique nous explique le cerveau humain; nous énumère, débite des statistiques. Apparemment, 7 % des spectateurs présents finiront par consulter un spécialiste de la santé mentale, un jour ou l’autre. « D’ailleurs, quelqu’un s’apprête ici à le faire, là, tout de suite ». Un projecteur s’allume sur un homme, au parterre. Personne ne l’avait remarqué, avec son look ordinaire, sa chemise blanche et ses jeans. Il se lève et monte sur scène.
PSY, c’est la juxtaposition de onze corps, onze artistes du cirque; pour chaque corps, une maladie mentale. Il y a Michel Michel, schizophrénie; Claire, trouble du sommeil; Danny, maniaco-dépression; Lily, agoraphobie; Dexter, personnalités multiples; Jacques, hypocondrie; Suzi, explosif intermittent; John? Joe? Jim?, amnésie; Smith, troubles obsessionnels compulsifs; Johnny, dépendance; George, paranoïa. Ces informations ne sont pas bénignes : chaque corps est marqué par sa maladie; le trouble mental transcende la tête et se reflète dans le mouvement, dans le geste.
À travers une représentation enlevante, on passe de consultation à consultation, de celle du schizophrène jusqu’à celle de l’insomniaque, en passant par des thérapies de groupe et des salles d’attente. Pour chaque patient, un traitement scénique différent : la lumière, le décor se transforment pour lui; la musique s’ajuste, accompagne et rajoute comme une profondeur de champ, un rythme à l’insanité. Ainsi, c’est dans une sorte de maison de poupée qu’on se voit jouer les scènes constamment répétées d’un obsessif compulsif; c’est dans un ring de lutte que se joue le trouble de l’explosive intermittente. L’amnésique qui tente de se rappeler un souvenir se remémore tout d’abord sa mère, puis une fête d’enfant. Cette vision laisse cependant rapidement place à une dangereuse lanceuse de couteaux hilare qui le poursuit assidûment.
PSY est un heureux mélange entre danse, théâtre et cirque. Beaucoup d’acrobaties, oui, mais toujours rythmées, dynamisées par la musique. Mû par la maladie qu’il incarne, chaque artiste a développé une gestuelle qui teinte sa performance. Ainsi, tout n’est pas « parfait »; tout n’est pas impeccable. Les corps, selon leur trouble, perdent l’équilibre; ne se rattrapent pas à temps; se heurtent.
PSY, malgré le lourd sujet qui l’anime, est loin d’être un spectacle dramatique : au contraire, il est plutôt léger et dynamique. C’est que l’humour y est présent du début à la fin. Dès la présentation des personnages et de leur trouble, on voit la canaillerie, l’exagération, la drôlerie. Clin d’œil aussi à la salle d’attente bercée par une version centre d’achat de « The Look of Love » de Diana Krall.
Parfois de façon facile, parfois de façon un peu plus subtile, le ton de PSY se joue en gros sur l’humour. À part les numéros de roue allemande de Julien Silliau et d’équilibre de Naël Jammal – les deux excellents, d’ailleurs – tout est drôle, un peu grossier mais jamais désagréable. Peut-être que le changement de ton auraient ici été un élément intéressant à développer.
Reste que PSY est un tour de force multidisciplinaire bien ficelé. Les corps sont précis, expressifs et énergiques. Les chorégraphies, les sauts dans le vide, les solos comme les duos sont impressionnants : dans la salle, quand on applaudissait, c’était beaucoup plus par soulagement de voir les artistes encore vivants que par encouragement. La scénographie – avec ses décors démontables, ses projections et éclairages versatiles, ses accessoires qui se meuvent au gré des scènes – a ce caractère adaptable qui sait faire place aux corps, tout en appuyant le propos.
Quand à la fin, tous les spécialistes en santé mentale sur scène se sont tournés vers la salle et qu’ils ont commencé à nous pointer du doigt en prenant des notes, j’ai su que j’avais vécu une expérience hors du commun qui, si elle n’avait eu pas le mérite de m’avoir réellement plongé dans les tréfonds de l’âme humaine, m’avait au moins coupé le souffle une bonne dizaine de fois.
Les prochaines représentations de PSY se dérouleront jusqu’au – mars. Dépêchez-vous : les billets partent très rapidement.